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EUNUQUE, subst. masc.
A.− Homme privé de la faculté de se reproduire par suite de castration. Une voix d'eunuque; devenir, faire, rendre eunuque. Jamais menton d'eunuque ne fut plus glabre (Gautier, Fracasse,1863, p. 12).Asservies à l'amour brutal, elles se sont privées de toute volupté, et elles approchent par là des hommes qui se sont faits eunuques en vue du royaume de Dieu (France, Lys rouge,1894, p. 205).Parmi les eunuques, il n'y a jamais eu de grands philosophes, de grands savants, ou même de grands criminels (Carrel, L'Homme,1935, p. 103):
1. Ce brave organe génital est le fond des tendresses humaines; ce n'est pas la tendresse, mais c'en est le substratum comme diraient les philosophes. Jamais aucune femme n'a aimé un eunuque... Flaubert, Corresp.,1852, p. 24.
Spéc. [En Orient] Homme châtré employé comme serviteur et chargé en particulier de la garde des femmes dans les harems. Un eunuque noir; le chef des eunuques. La loi de Soliman (...) jeta l'empire en proie aux intrigues des eunuques et aux révoltes des janissaires (Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835, p. 370).Les eunuques silencieux Versent les liqueurs parfumées Dans les fines coupes gemmées (Moréas, Cantil.,1886, p. 178):
2. L'impuissance, la féminisation et l'obésité des eunuques contribuaient à en faire les gardiens, à la fois efficaces et inoffensifs, des gynécées et des harems. Bariéty, Coury, Hist. méd.,1963, p. 757.
P. métaph. :
3. Bon Dieu! que d'amateurs ayant des collections, véritables sérails dans lesquels ils sont eunuques, sans le sentiment de l'art, n'entrant dans le sens, ni dans le secret de tout ce qu'ils ont, entourés de choses qui prouvent qu'ils ne peuvent rien y comprendre... Goncourt, Journal,1858, p. 434.
P. ext. Homme impuissant ou déficient du point de vue sexuel. Cette volatilisation de l'instinct ne comporte que deux issues, toutes deux aberrantes : ou bien elle est effective, et produit des eunuques; ou bien la sensualité (...), loin d'avoir désarmé, s'abrite dans les recoins (Mounier, Traité caract.,1946, p. 151).
B.− Au fig., péj. Homme dépourvu des qualités traditionnellement (et souvent abusivement) attribuées au sexe masculin (énergie physique et morale, honnêteté, puissance créatrice). Ils feront leur métier ces eunuques du feuilleton [les journalistes] (Balzac, Corresp.,1839, p. 560).Ne te fais pas d'illusion, n'espère pas éviter la destinée. Sois eunuque et engraisse, ou sois homme et lutte; il n'y a pas de milieu (Sand, Mllede la Quintinie,1863, p. 70):
4. Il expliquait dès 1941 l'énorme différence de tonus moral entre les gars des kommandos et les bourgeois des camps, et comment, tandis que les seconds, devenus eunuques, s'enfonçaient dans le mensonge et la servitude, les premiers reprenaient conscience de leur dignité d'hommes et de Français. Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 191.
Emploi adj. :
5. Voilà Parny. Le puritas impuritatis de Juste Lipse, est fait pour lui. Il a le cœur et l'âme eunuques. Son impuissance sans doute a quelque grâce; mais il ne se montre insinuant que parce qu'il est énervé. Joubert, Pensées,t. 2, 1824, p. 215.
[Appliqué à une chose] Les faits les plus énormes (...), retranchés de l'orbite, excommuniés de tout ensemble, acéphales et eunuques (Bloy, Désesp.,1886, p. 135).
Rem. On rencontre ds la docum. le néol. eunuchat, subst. masc. État de celui qui est eunuque. Le vétuste Pontmartin, rossignol de catacombes, dont l'eunuchat réfrigère opportunément les préhistoriques ardeurs (Id., ibid., p. 193).
Prononc. et Orth. : [ønyk]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1274 eunuche (Chron. de St Denis, ms. Ste Geneviève [782 du xiiies.], fo31dds Gdf. Compl.); 2. 1794 fig. « homme mou, sans énergie » (Chénier, Odes, p. 254). Empr. au lat. eunuchus, lui-même du gr. ε υ ̓ ν ο υ ̃ χ ο ς de même sens. Fréq. abs. littér. : 205. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 328, b) 500; xxes. : a) 388, b) 89. Bbg. Pohl (J.). Contribution à l'hist. de qq. mots. Fr. mod. 1963, t. 31, p. 298 (s.v. eunuqué).Quem. DDL t. 9.