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ÉGORGEUR, EUSE, subst.
A.− Personne qui tue des animaux ou des êtres humains en leur tranchant la gorge ou de façon sanglante, sauvage. On nomma cette princesse Morgane la Rouge, et elle fut une fameuse prostituée et une terrible égorgeuse d'hommes (Schwob, Monelle,1894, p. 100).La vieille avec son fusil, son imperméable et ses bottes (...) c'est qu'elle sent le carnier, l'égorgeuse! (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1367):
1. Tout à l'heure, mes deux égorgeurs, bien persuadés que j'emporterais le secret dans la tombe, m'en ont fait la confidence. Aymé, La Tête des autres,1952, p. 193.
En partic. (le plus souvent au plur.). Assassins qui, par fanatisme, massacrent leurs ennemis politiques ou religieux. L'auteur prenait le parti des égorgeurs catholiques contre les victimes calvinistes (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 497).Tueurs de la Saint-Barthélemy, égorgeurs de Septembre, massacreurs d'Avignon, assassins de Coligny (Hugo, Misér.,t. 2, 1862, p. 271).
Emploi adj. Les plus égorgeurs, hélas! c'étaient tes fils, Les rois, oints du saint chrême aux pieds du Crucifix (Leconte de Lisle, Poèmes barb.,1878, p. 339).
B.− Au fig., vieilli
1. Commerçant ou homme d'affaires sans scrupules, qui vole ses clients ou élimine ses concurrents de façon impitoyable et par des opérations malhonnêtes. Seriez-vous venu demander quelques services à ces Arabes, dit Du Tillet, ces égorgeurs du commerce (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 277).Ces Michel-Lévy, les plus grands égorgeurs, les plus féroces usuriers de la littérature! (Goncourt, Journal,1892, p. 195):
2. David offrait trois cents francs la pièce. Wendiével, de fureur, faillit l'étrangler. Il l'appelait voleur, juif, égorgeur. Van Der Meersch, Invasion 14,1935, p. 150.
Emploi adj. Une enveloppe de politesse (...) où le marchand égorgeur ne se révèle que par un certain frémissement de poils roux dans les narines (Goncourt, Journal,1875, p. 1055).
P. ext. Voleur à la tire, vide-gousset. Cet égorgeur de poche et dégraisseur de bourse (Richepin, Chans. gueux,1876, p. 140).
2. Personne qui anéantit une institution en usant de la violence. Quelle force pouvait avoir pour sauver une république Oudinot, égorgeur d'une république (Hugo, Hist. crime,1877, p. 91).
Prononc. : [egɔ ʀ ʒ œ:ʀ], fém. [-ø:z]. Étymol. et Hist. xvies. cousteaux égorgeurs (R. et A. D'Aigneaux ds Delb. Rec. ds DG); 1606 esgorgeur subst. (Crespin, 2epart., p. 162); 1837 fig. ces égorgeurs du commerce (Balzac, loc. cit,), Dér. du rad. de égorger*; suff. -eur2*, -euse*. Fréq. abs. littér. Égorgeur : 36. Égorgeuse : 2.