ALCHIMIE, subst. fém.
Étymol. ET HIST. − 1275 « chimie du Moyen Âge qui avait pour objet la transmutation des métaux et la découverte de la panacée universelle » (
Rose, éd. Langlois, 16083-4 : Nepourquant, c'est chose notable,
Alkimie est art véritable); d'où
a) 1447 « métal ou substance de composition alchimique [c.-à-d. mélange d'or et d'argent avec un métal inférieur] » (
Arch. nat., JJ 178, n
o168, année 1447 ds
Du Cange s.v. arquemia : ung des habilles hommes du monde, nommé Baratier, qui estoit le meilleur Arquemien que on peust trouver, et avecques faisoit escuz d'
Arquemie les plus beaulx que on pourroit dire). − 1771,
Trév.;
b) 1547 « tromperie » (
Marg. de Nav.,
Les Marguerites, la Coche, IV, 236 ds
Hug. : Car entre nous sa trop faulse
alquemie Est descouverte), au
xvies. seulement, puis résurgences ou créations anal. à l'époque mod.
(supra).
Empr. au lat. médiév.
alchimia, attesté dep. 1134-1145,
Plato Tiburtinus (scriptor. Arabicorum et Hebraïcorum interpres),
Tab., 1, p. 494, 5 ds
Mittellat. W. s.v., 436, 41 : ostensio aptationis alchimie;
cf. Albert Le Grand,
Cael. Hier., 15, 3, p. 401 b, 47
ibid., 436, 47 : aurum alchimiae; ce lat. est formé sur l'ar.
al Kīmíj̄a, article
al, et
Kīmīj̄a « pierre philosophale, alchimie », passé en esp.
ca 1250, Bocados de Oro ds
Cor. t. 1 1954,
s.v. alquimia; en cat., 1295,
Lull,
Arbre de Sciencia ds
Alc.-Moll.,
s.v.; l'ar. viendrait lui-même − soit du gr. χ
υ
μ
ε
ι
́
α « mélange de liquides » (χ
υ
μ
ο
́
ς « suc, jus ») − soit du copte
chame « noir », terme servant aussi à désigner l'Égypte, et appliqué aux arts qu'on attribue à ses habitants (
Lok. 1927, 1157,
s.v. égyptien Kemi;
Dauzat 1968).
L'hyp. d'un emprunt du fr. à l'esp. (
FEW t. 19,
s.v. Kīmiyā
) est moins vraisemblable étant donné la légère antériorité de l'entrée du mot en fr. par rapport aux lang. hisp. et au contraire l'antériorité du lat. médiév. largement attesté au
xiies.
(Mittellat. W. s.v. alchimia; Latham,
Revised medieval latin Word-list, London, 1965,
ibid.) vraisemblablement formé directement sur l'arabe.