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AFFABLE, adj.
A.− [En parlant d'une pers. ayant généralement quelque supériorité par rapport aux pers. qui l'abordent] Qui se montre d'un accueil bienveillant et engageant envers les pers. qui viendraient à l'approcher :
1. Emploi abs.
1. ... j'ai tracé le caractère d'Aaron; je l'ai peint, non tel que les historiens éblouis de sa gloire veulent nous le représenter, mais tel qu'il dut être, d'après ce que nous savons de son histoire; grand guerrier, souverain despote et cruel, et prince affable et populaire, doué par la nature des vertus les plus précieuses et les plus brillantes, rempli d'esprit et de grâces, né sensible et magnanime, protecteur éclairé des talens et des arts, mais corrompu par l'orgueil; ... Mmede Genlis, Les Chevaliers du Cygne,t. 1, préf., 1795, p. xii.
2. ... Madame de Chasteller répondait, à je ne sais quelle question de politesse sur son indisposition que Leuwen lui avait adressée, avec une politesse et un son de voix d'une grâce parfaite, mais en même temps avec une tranquillité d'autant plus inaltérable qu'elle n'était point triste et sombre, mais au contraire affable et sur le bord de la gaieté. Stendhal, Lucien Leuwen,t. 1, 1836, p. 356.
3. Dans ces jours de royauté nouvelle, Sighebert était tenu de se montrer affable et de donner audience à quiconque venait réclamer de lui protection ou justice. A. Thierry, Récits des temps mérovingiens,t. 2, 1840, p. 57.
4. Ô métamorphose prodigieuse! Toute administration est souriante : l'enregistrement n'est plus tracassier, les contributions indirectes se montrent polies, la douane elle-même est affable. C'est court, mais c'est beau. Oui, c'est beau pour le pays légal, mais non pour la presse officielle. L. Reybaud, Jérome Paturot,1842, p. 126.
5. Que la couronne pèse légèrement sur la tête blanchie de ce chevalier chrétien! Pieux comme saint Louis, affable, compatissant et justicier comme Louis XII, courtois comme François Ier, franc comme Henri IV, qu'il soit heureux de tout le bonheur qui lui a manqué pendant de si longues années! ... F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 4, 1848, p. 256.
6. ... le mot de république ne la fâchait point. Par nature, elle était aimante, secourable, affable, et voyait volontiers son égal dans tout homme obscur et malheureux. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 1, 1855, p. 64.
7. Il était affable et triste. Le peuple disait : « voilà un homme riche qui n'a pas l'air fier. Voilà un homme heureux qui n'a pas l'air content. » V. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 207.
8. − Vil camus, sot canard, tête plate, apprenez Que je m'enorgueillis d'un pareil appendice, Attendu qu'un grand nez est proprement l'indice D'un homme affable, bon, courtois, spirituel, Libéral, courageux, tel que je suis, et tel Qu'il vous est interdit à jamais de vous croire, ... E. Rostand, Cyrano de Bergerac,1898, I, 4, p. 41.
9. Il ne put discuter sérieusement. Si affable que fût son interlocuteur, il faisait poliment sentir qu'il n'y avait point d'égalité réelle entre Christophe et lui; il semblait entendu d'avance que sa supériorité était incontestée, et que la discussion ne pouvait pas franchir les limites qu'il lui assignait, sans une sorte d'inconvenance : ... R. Rolland, Jean-Christophe,L'Adolescent, 1905, p. 244.
10. Je pourrais ajouter quelques insolences, mais je deviens affable en vieillissant. L. Bloy, Journal,1907, p. 346.
11. ... Saint-Loup était loin d'avoir l'originalité quelquefois profonde de son oncle. Mais il était aussi affable et charmant de caractère que l'autre était soupçonneux et jaloux. Et il était resté charmant et rose comme à Balbec, sous tous ses cheveux d'or. M. Proust, À la recherche du temps perdu,Le Temps retrouvé, 1922, p. 761.
12. Ils marchaient vite; ce qui n'empêchait pas Jalicourt d'entretenir la conversation. Son urbanité s'accommodait mal du silence. Il parlait de choses et d'autres, avec une amabilité cavalière. Mais, plus il se montrait affable, et plus on le sentait distant. R. Martin du Gard, Les Thibault,La Sorellina, 1928, p. 1167.
13. Foulque avait alors une quarantaine d'années. C'était un homme aux cheveux roux, d'assez petite taille, capable de supporter toutes les fatigues, fort expérimenté dans l'art militaire, humain, affable, droit, très généreux pour les pauvres et les gens d'église. Tous ses biographes vantent sa piété, sa loyauté dans ses rapports avec ses vassaux, la correction de ses mœurs. R. Grousset, L'Épopée des croisades,1939, p. 137.
14. ... J... s'est montré affable et très hospitalier. Il y a entre nous tout un monde de souvenirs, surtout de notre vie à l'université, beaucoup d'expériences communes, de lectures, de pensées aussi, et d'aventures, sans compter un fonds de plaisanteries dont seuls nous avons la clef. J. Green, Journal,1945, p. 216.
15. Bénard était doux, affable, sensible; avec cela, premier partout. J.-P. Sartre, Les Mots,1964, p. 188.
2. [Avec un compl. prép.]
a) [Le compl. désigne une pers. : prép. avec, plus rarement pour] :
16. Elle [Mmede Durantal] s'attira l'éloge vrai de tous ceux qui la virent : affable avec tout le monde, prévenante, gracieuse, sans prétention auprès des femmes, leur donnant des louanges délicates et paroissant s'oublier auprès d'elles, spirituelle de cet esprit de bonne compagnie auprès des hommes, elle imprima à cette journée et à la fête un cachet de grandeur, de bon ton et d'amabilité sans gêne, ... H. de Balzac, Annette et le criminel,t. 3, 1824, p. 58.
17. Dans ses promenades, ou même ses voyages, qu'il faisait toujours à pied, un bâton à la main, comme un simple prêtre de campagne, − comme Mabillon, − sa bonté le rendait affable avec les petits soit d'âge, soit de condition. Il les saluait tous quand il les rencontrait, et leur parlait comme à ses frères. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 3, 1848, p. 533.
18. On sait combien les Anglais sont affables pour l'étranger qui leur est présenté, et froids pour celui qui se présente lui-même. Les Maniotes ont la même qualité et le même défaut, un peu exagérés : ils poussent l'affabilité jusqu'à l'embrassade, et la froideur jusqu'aux coups de fusil. E. About, La Grèce contemporaine,1854, p. 57.
b) [Le compl. désigne une manière d'être] :
19. Le géomètre, homme ferme, austère, laborieux, s'il n'était ni affable dans ses manières, ni courtois dans ses formes, exerçait d'ailleurs sur tous les siens l'empire puissant et respecté de l'exemple, du dévoûment, de l'irréprochable vertu. R. Toepffer, Nouvelles genevoises,1839, p. 227.
20. Elle apprit le prochain mariage de Pierre avec une satisfaction visible. Affable à la façon des commerçants qui doivent faire bon visage à tout le monde, elle demandait des détails sur la fiancée avec une attention bienveillante. E. Moselly, Terres lorraines,1907, p. 210.
21. ... la vie en commun voilà la plus grande pénitence, me suis-je souvent répété (...), m'efforçant d'être affable sans afféterie, ouvert et pourtant discret, mais impuissant à refréner entièrement ma vivacité naturelle. A. Billy, Introïbo,1939, p. 77.
B.− [En parlant de la manière d'être d'une pers. avec d'autres pers.] Qui est le propre d'une personne affable. Manières affables :
22. ... peut-être l'eût-il emporté, s'il n'eût aliéné tous les esprits, par son caractère dur, hautain et inflexible; au lieu que Lusignan, en cachant une ambition aussi démesurée sous un extérieur populaire et affable, se faisoit beaucoup plus de partisans : ... MmeCottin, Mathilde,t. 1, 1805, p. 117.
23. Sans le ton exquis de leur langage, sans l'affable politesse de leurs manières, sans leur aisance qui pouvait tout à coup se changer en impertinence, un observateur superficiel aurait pu les prendre pour des banquiers. H. de Balzac, La Duchesse de Langeais,1834, p. 318.
24. Avant mon départ, j'allai présenter mes devoirs au ministre; il m'accueillit de la manière la plus affable et la plus cordiale. L. Reybaud, Jérôme Paturot,1842, p. 318.
25. M. Levrault cherchait la grande dame qu'il avait connue, souriante, bienveillante, sans morgue ni hauteur, d'un abord si facile, d'un commerce si doux, d'une humeur si affable; il la cherchait et ne la trouvait plus. J. Sandeau, Sacs et parchemins,1851, p. 39.
26. Alors Chéri se tourna vers Filipesco... le héla... et l'emmena, non sans avoir salué sa femme, le docteur Armand, infirmiers et infirmières, avec une hauteur affable de visiteur officiel. Colette, La Fin de Chéri,1926, p. 63.
27. ... elle se trouva devant (...) M. Létourneau, qu'un commencement d'embonpoint, des moustaches fines et lissées, un sourire courtois, poli plutôt qu'affable, apparentaient à un portrait placé au-dessus de lui sur le mur et qui devait être celui de son père. G. Roy, Bonheur d'occasion,1945, p. 156.
En partic. [En parlant de la manière d'accueillir qqn par la parole] :
28. ... je désire savoir pourquoi le ton du discours de cet homme m'a semblé si singulier et si affable. Un son semble harmonieusement succéder à un autre son, et, lorsqu'une parole a frappé l'oreille, arrive une autre parole pour caresser la première. G. de Nerval, Le Second Faust,1840, p. 250.
29. Sa conversation était affable et gaie. Il se mettait à la portée des deux vieilles femmes qui passaient leur vie près de lui; quand il riait, c'était le rire d'un écolier. V. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 18.
30. Le patron répandait, avec des paroles affables, un large sourire sur les petites tables où les gens mangeaient bien. P. Hamp, Marée fraîche,1908, p. 71.
31. ... le plaisir qu'il avait à causer avec des gens bien élevés l'emporta sur son anticléricalisme. Il était surpris du ton affable qui régnait entre M. Watelet et l'abbé Corneille; il ne l'était pas moins de voir un prêtre démocrate, et un révolutionnaire aristocrate : cela renversait toutes ses idées reçues. R. Rolland, Jean-Christophe,Dans la maison, 1909, p. 1035.
P. méton. [En parlant des conditions dans lesquelles une pers. supérieure est abordable] :
32. Sa démarche est majestueuse et son abord affable. A. France, L'Île des pingouins,1908, p. 138.
Rem. 1. Même dans son assoc. avec des mots exprimant une manière d'être, le mot garde quelque chose de sa valeur primitive de qualité qui s'exprime par le lang. : l'attitude qualifiée d'affable est un signe pour l'autre qui permet de reconnaître l'intention d'accueil bienveillant et engageant. 2. Principaux syntagmes. a) (Prép. +) subst. abstr. + adj. : abord affable (ex. 32), d'un air - (A. Gide, Les Caves du Vatican, 1914, p. 781), sous un extérieur - (ex. 22), avec une hauteur - (ex. 26), de la manière la plus - (ex. 24), manières affables (H. Murger, Scènes de la vie de bohème, 1851, p. 111; R. Rolland, Jean-Christophe, Antoinette, 1908, p. 831; A. Billy, Introïbo, 1939, p. 97), avec des paroles affables (ex. 30), sans l'affable politesse (ex. 23), sourire -(ex. 27), avec une supériorité - (H. de Montherlant, Les Jeunes filles, 1936, p. 958) ton - (ex. 28, 31); b) Verbe + adj. attribut : sembler - (ex. 28), devenir - (ex. 10), être - (très fréq.) (ex. 2, 4, 6, 7, 15, 18), se montrer - (ex. 3, 12, 14), rendre - (ex. 17). 3. Assoc. paradigm. : affable et bon (ex. 8), - et charmant (ex. 11), - et cordial (E. Triolet, Le Premier accroc coûte deux cents francs, 1945, p. 388), - et courtois (ex. 8, 27), - et doux (ex. 15, 25), - et généreux (ex. 13), - et gracieuse (ex. 16), - et hospitalier (ex. 14), - et humain (ex. 13), - et populaire (ex. 1), - et spirituelle (ex. 16).
Stylistique − ,,Affabilité et affable se disent rarement d'égal à égal, et jamais d'inférieur à supérieur.`` (Gattel 1841); cf. en partic. les ex. 1, 3, 5, 6, 7, 9, 12, 13, 22, 24, 25, 26, 29; avec le temps, cette valeur s'atténue outre la politesse qui est l'attitude neutre requise par la vie sociale, être affable implique une qualité fortement valorisée (ex. 9, 23, 27) comme une sorte d'élan qui fait momentanément et partiellement oublier à l'interlocuteur son infériorité présumée (cf. sous affabilité l'ex. 1). À mesure que la notion de supériorité s'estompe, passent au premier plan les qualités morales (bonté, douceur, générosité, etc.) qui permettaient de la faire oublier.
Prononc. − 1. Forme phon. : [afabl̥]. Les dict. mod. transcrivent la 2esyllabe avec [a] ant. (cf. aussi Fouché Prononc. 1959, p. 58). Passy 1914 note [a'] ant. mi-long. Harrap's 1963 transcrit [ɑ:] post. long (cf. aussi Mart. Comment prononce 1913, p. 30 et Kamm. 1964, p. 94). Pour la discussion du timbre et de la durée de [a], cf. -able. Enq. : /afabl/. 2. Dér. et composés : affabilité, affablement.
Étymol. ET HIST. − 1300-1365 « qui accueille et écoute de bonne grâce ceux qui s'adressent à lui » (Gilles li Muisis, Poésies, éd. Kervyn de Lettenhove, 1, 171 ds T.-L. : Hosteliers [du couvent] a ses hostes doit iestre moult affables); 1370 « id. » (Oresme, Livre des Éthiques, 35 c, Livre II, chap. 10, p. 168, éd. A. D. Menut, New-york : Quant est de l'autre delectacion qui est en soy avoir et contenir en conversacion de vie humainne, celui qui le fait selon ce que il convient et appartient, il puet estre apellé amiable ou afable ou aggreable). Empr. au lat. affabilis, de même sens, dep. Térence, Adelphes, 896 ds TLL s.v., 1171, 11; de même lat. médiév. 965/968 Hrotsvitha, Pafnutius, 2, 5, ds Mittellat. W. s.v., 345, 14 : mulierem... omnibus amabilem, omnibus affabilem.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 205. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 249, b) 301; xxes. : a) 339, b) 293.
BBG. − Bailly (R.) 1969 [1946]. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Bonnaire 1835. − Dup. 1961. − Feugère (F.). En marge de l'exposition Charles V. Dans le vocabulaire de Duguesclin. Déf. Lang. fr. 1968, no45, p. 26. − Girard 1756. − Guizot 1864. − Krings 1961, pp. 134-136; p. 207, 220; pp. 264-266, 268-270. − Laf. 1878. − Laf. Suppl. 1878. − Lav. Diffic. 1846. − Sardou 1877. − Synon. 1818. − Thomas 1956.