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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

PARAPHE, PARAFE,

substantif masculin
A. — Marque faite d'un ou de plusieurs traits de plume, droits ou incurvés, qu'on ajoute parfois à la signature, pour l'orner ou la singulariser. Signature ornée d'un paraphe; paraphe compliqué, élégant, énergique, prétentieux. Cette signature était inachevée; l'e final et le paraphe habituel y manquaient (Verne, 500 millions, 1879, p.241). Une main féminine a gravé: Marie (...) et la fin du nom s'élance en parafe ardent, qui monte comme un cri (Colette, Vagab., 1910, p.6). La signature longue et pâlie de son grand-père, terminée d'un paraphe tortillé d'homme prudent (Druon, Gdes fam., t.2, 1948, p.40):
. Au bas de la page, il improvise une signature. Elle tombe, comme une pierre dans l'eau, dans une ondulation et un remous de lignes à la fois régulières et capricieuses, qui forment le paraphe, un petit chef-d'oeuvre. La queue du paraphe s'égare, se perd dans le paraphe lui-même (...). Inutile de dire que le tout est fait d'un seul trait de plume. (Renard, Poil Carotte, 1894, p.143)
B. —
1. Signature schématique, souvent abrégée aux initiales du nom. Trois ou quatre cents zélés l'ont signée [votre liste]; cent cinquante politiques y ont mis leur parafe (Dumas père, Henri III, 1829, i 7 p.138). Elle le prie de signer son nom sur un carnet d'autographs, à moitié rempli déjà de paraphes de rencontre (Martin du G., Devenir, 1909, p.109).
2.DROIT
a) « Signature abrégée réduite généralement aux initiales du signataire apposée en marge pour l'approbation des renvois ou des ratures dans un acte juridique » (Barr. 1974). Mettre son paraphe pour approuver une addition, une rature (Ac. 1935). Le président n'aura (...) qu'à demander à Zola l'ordre ministériel d'après lequel il a prétendu qu'Esterhazy fut acquitté. S'il apporte ce document sur papier timbré, avec signatures et paraphes régulièrement légalisés, on soumettra la chose à Bertillon (Clemenceau, Iniquité, 1899, p.315).
b) « Apposition par un magistrat d'une formule et de sa signature, pour authentifier la date de présentation et le nombre de feuilles d'un registre avant qu'il en soit fait usage » (Cap. 1936). Collationné avec parafe (Ac. 1878).
Prononciation et orthographe
[paʀaf]. Ac. 1694: parafe, 1718-1878: -fe ou -phe, 1935: -phe « on écrit aussi parafe ». Littré : -fe, -phe ; Rob., Lar. Lang. fr. : -phe, -fe. Prop. Catach-Golf. Orth. Lexicogr. 1971, p.267: -fe, graph. déjà recommandée ds Fér. Crit. t.3 1788 comme étant « la plus simple et la plus commode ».
Étymologie et histoire
1. Vers 1390 paraphe [ms. des 1res années du xve s.] «paragraphe» (Jean le Petit, Livre du miracle de Basqueville [ms. B.N. fr. 12470, f° 71 r° ], éd. P. Le Verdier, p.145); xve s. [ms.] paraffe (Rozier des guerres, B.N. fr. 442, f° 55 r° ds Gdf.);
2.
a) 1394 «signature abrégée» (Archives de la Chambre de Commerce, art. 32 d'apr. Ouin-Lacroix, Hist. des anc. corporations d'arts et métiers, p.661: Signé G. Le Melle et J. Garoul, avec grifs et paraphes);
b) 1690 dr. (Fur. : les Notaires font mettre des parafes à tous les renvois, les apostilles et les ratures d'un contrat). Soit empr. au lat. médiév. paraphus, paraffus (v. Latham et Du Cange), issu p.altér. du lat. paragraphus, v. paragraphe ; soit issu par contraction de paragraphe*. Le sens 2 peut s'expliquer par la ressemblance de la signature abrégée avec le signe § qui sert à distinguer les différentes parties d'un texte. Voir FEW t.7, p.617b-618a.
Statistiques
Fréq. abs. littér.: 88.
Bibliographie
Dauzat Ling. fr. 1946, p.39.